Face à l’agressivité d’un usager : que doit organiser l’équipe ?

Deux collègues, cadrés sans visage, examinent ensemble un document à un comptoir d’accueil.

Face à une insulte ou à une menace, la personne qui accueille doit pouvoir répondre à des questions très concrètes : puis-je interrompre cet échange ? Qui peut prendre le relais ? Comment joindre cette personne ? Que faire si elle ne répond pas ? Ces réponses se préparent avec l’équipe et l’encadrement, avant de devoir les chercher dans l’urgence.

J’ai animé plusieurs formations consacrées à l’accueil et à la gestion de l’agressivité émanant du public. Mes supports abordent notamment l’écoute, la distinction entre faits et interprétations, les limites dans l’échange et les façons de prévenir l’escalade. Je propose ici de prolonger ce travail par des repères pour organiser les appuis dont les professionnels ont besoin au quotidien.

Le repère à emporter : un relais est utilisable lorsque chacun sait quand le solliciter, comment le joindre, ce qu’il peut décider et quelle solution est prévue s’il n’est pas disponible.

Décrire les comportements qui appellent une réponse

Une contestation, une émotion forte ou une demande répétée ne suffisent pas à qualifier une agression. Pour travailler ensemble, partez de faits : des insultes adressées à une personne, des menaces formulées, un passage empêché, un objet lancé. Précisez aussi les circonstances utiles à la compréhension de la situation.

L’équipe peut alors discuter des réponses à prévoir : expliquer une décision, rappeler une limite, demander un appui, interrompre l’échange ou activer les mesures de protection. Ces réponses dépendent du contexte et du danger ; elles ne constituent pas une succession d’étapes à parcourir obligatoirement. En cas de danger immédiat, la mise en sécurité et l’alerte ne doivent pas attendre l’accord d’un responsable ou l’arrivée d’un relais.

Une réclamation peut rester fondée alors que la manière de l’exprimer est inacceptable. Garder ces deux questions distinctes permet de maintenir une limite tout en organisant le traitement de la demande. Cela évite aussi de réduire durablement la personne au comportement constaté lors d’un échange.

Préciser qui peut décider quoi

La consigne « faites appel à un responsable » laisse plusieurs questions ouvertes. Ce responsable doit-il expliquer une décision, prendre en charge l’échange, autoriser une exception ou organiser une interruption ? A-t-il effectivement la possibilité de le faire ?

Définissez les marges de décision de chacun. Le professionnel d’accueil a besoin de savoir ce qu’il peut expliquer ou proposer, dans quelles circonstances il peut mettre fin à l’échange et quelle suite sera organisée. L’encadrement précise les arbitrages qui lui reviennent. La direction traite les moyens et les règles qui dépassent l’équipe : disponibilité des appuis, aménagement du travail ou modalités de prise en charge.

Interrompre une interaction ne règle pas à lui seul le devenir de la demande. Selon la mission du service et les règles applicables, il faudra prévoir qui reprend contact, par quel canal et dans quelles conditions. Ces décisions doivent rester explicites, proportionnées et compréhensibles pour les professionnels comme pour l’usager.

L’article « Assertivité au travail : s’affirmer ne suffit pas » développe la question des appuis nécessaires pour poser une limite. Ici, l’enjeu est de rendre ces appuis disponibles dans le fonctionnement du service.

Prévoir un relais réellement disponible

Nommer une personne ne garantit pas qu’elle pourra intervenir. Examinez les horaires, les pauses, les absences et les moments où plusieurs situations peuvent survenir en même temps. Un collègue déjà occupé ne peut pas être considéré comme disponible par défaut.

Précisez le moyen de contact, la réponse attendue et la solution prévue en cas d’absence. Le professionnel doit pouvoir distinguer une demande d’arbitrage ordinaire d’une alerte qui appelle une intervention immédiate. Les moyens de communication et les consignes de sécurité doivent correspondre à cette distinction.

Le relais a lui aussi besoin d’un cadre : quelles informations reçoit-il ? Quelle tâche peut-il laisser en attente ? Qui assure la continuité de son propre travail ? Solliciter toujours la personne réputée la plus calme peut déplacer la charge vers elle sans résoudre le problème d’organisation.

Faites ce travail avec les personnes concernées et les acteurs de la prévention. Les repères de l’INRS sur les violences externes soulignent notamment l’importance des procédures de relais, des moyens de communication et de l’organisation du travail.

Préparer le passage d’un interlocuteur à l’autre

Lorsqu’un collègue intervient, il lui faut assez d’informations pour agir : la demande initiale, ce qui a déjà été expliqué, le comportement ayant motivé l’appel et l’appui attendu. Transmettez les éléments nécessaires avec discrétion, sans commentaire dévalorisant sur l’usager ni exposition inutile de sa situation devant d’autres personnes.

L’équipe doit aussi savoir qui conduit désormais l’échange. Plusieurs professionnels qui parlent simultanément ou annoncent des suites différentes rendent le cadre moins lisible. Si la situation permet de poursuivre la discussion, le relais peut commencer par vérifier ce qui reste à traiter et rappeler les conditions de cet échange.

Voici une formulation proposée, à adapter au service : « Je reprends votre demande avec vous. Mon collègue vous a expliqué ce qui était possible aujourd’hui. Je vais vérifier le point qui reste en suspens ; l’échange pourra se poursuivre sans insultes. » Elle ne constitue ni une garantie d’apaisement ni une consigne à maintenir face à un danger.

Si une réponse précédente doit être corrigée, expliquez le changement. La cohérence d’équipe n’oblige pas à maintenir une erreur ; elle demande que chacun comprenne quelle décision s’applique et pourquoi.

Écrire quelques accords utilisables

Une fiche courte permet de repérer les décisions prises et les points qui restent sans réponse. Elle complète les procédures du service, avec les personnes compétentes pour les définir. Chaque ligne doit correspondre à une possibilité réelle.

Une fiche d’accords à compléter avec l’équipe
À convenirCe qu’il faut préciser
Situation concernéeLes comportements et circonstances auxquels l’accord s’applique, avec les mesures de protection adaptées au danger.
Limite communeCe qui est demandé pour poursuivre l’échange et ce qui justifie son interruption.
RelaisLa personne ou la fonction à solliciter, le moyen de contact et la solution en cas d’indisponibilité.
DécisionCe que chacun peut décider et les arbitrages qui reviennent à l’encadrement.
Suite de la demandeQui la traite, sous quelle forme et quelles informations doivent être transmises.
Révision de l’accordQui examine les difficultés rencontrées, à quel moment et comment les décisions sont communiquées.

Un point non résolu doit rester visible. Écrire « responsable à contacter » alors qu’aucune disponibilité n’a été organisée donne une impression de réponse, sans fournir l’appui attendu. Nommez la décision manquante et la personne chargée de la prendre.

Vérifier les accords dans les conditions du travail

Avant de considérer la fiche comme opérationnelle, examinez une situation simple et fictive, sans mise en scène d’agression : le relais habituel est absent et la personne d’accueil demande un appui. Chacun peut-il retrouver le bon contact ? Ce contact sait-il ce qui est attendu de lui ? La suite de la demande est-elle claire ?

Cet exercice sert à vérifier l’organisation. Il ne s’agit pas d’évaluer la capacité d’un collègue à supporter des insultes. Les nouveaux membres de l’équipe et les remplaçants doivent aussi pouvoir comprendre le dispositif sans dépendre d’habitudes transmises oralement.

Après une difficulté, revenez sur les faits utiles : l’appui a-t-il été accessible ? Une décision a-t-elle manqué ? Une consigne était-elle contradictoire ? Des problèmes d’information, d’attente ou de moyens se répètent-ils ? Leur examen peut conduire à modifier le fonctionnement du service, sans justifier les comportements violents ni en rendre le professionnel responsable.

Après un événement grave, ce retour sur l’organisation et le soutien aux personnes demandent des démarches adaptées. L’article « Quand l’après-incident ne suffit pas à rétablir le sentiment de sécurité » approfondit cette question.

Pour commencer, posez ensemble cette question : si je dois interrompre un échange aujourd’hui, puis-je expliquer précisément qui m’appuie et ce qui se passe ensuite ? Les hésitations donnent des points à vérifier : un accord à préciser, un appui à organiser ou une information à rendre accessible.

Votre équipe souhaite clarifier ses réponses face à l’agressivité du public ? Synoveo peut vous accompagner pour travailler les situations rencontrées, les pratiques de communication et les accords collectifs, en lien avec les responsabilités de l’encadrement et les dispositifs de prévention du service.

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