Plusieurs formateurs interviennent sur un même sujet. L’un s’appuie sur une démonstration, l’autre sur un exercice, un troisième sur les questions du groupe. Ces différences peuvent être utiles. La difficulté apparaît lorsque les participants repartent avec des attentes contradictoires ou que chaque formateur apprécie les acquis selon ses propres critères. Que faut-il mettre en commun pour garder une formation cohérente, tout en permettant de l’adapter ?

J’ai animé des formations de formateurs et travaillé avec une communauté de formateurs internes. Je propose ici des repères pour partager les objectifs, examiner les choix pédagogiques et organiser le travail du collectif de formateurs. L’enjeu est de construire une cohérence que chacun peut expliquer et faire vivre dans sa pratique.
Le repère à emporter : mettez-vous d’accord sur ce que les participants doivent pouvoir réaliser et sur ce qui permettra de l’apprécier. Précisez ensuite les adaptations possibles, leurs limites et la manière de reprendre les difficultés rencontrées.
Commencer par l’apprentissage attendu
Un support commun peut faciliter la préparation. Il ne garantit pas que tous les formateurs poursuivent le même objectif. « Présenter la procédure » décrit ce qui sera montré. « Préparer un dossier que le service suivant peut prendre en charge » précise davantage ce que le participant devra apprendre à faire.
Pour une formation à la transmission d’un dossier, les formateurs pourraient ainsi retenir trois attendus : sélectionner les informations utiles au relais, rendre visibles les points encore incertains et préciser la suite attendue. Il reste à définir ce qu’une production satisfaisante doit contenir et dans quelles conditions elle sera réalisée. Un dossier préparé avec un modèle et un appui ne donne pas la même information sur les acquis qu’un dossier préparé seul.
Ce travail mérite d’être fait avec les personnes qui connaissent les exigences du métier. Si deux services attendent des informations incompatibles, les formateurs ne peuvent pas régler ce désaccord en harmonisant leurs diapositives. Une décision sur le travail doit précéder, ou accompagner, la décision pédagogique.
Le premier accord tient donc en quelques questions : pour quel public formons-nous ? À quelles situations le préparons-nous ? Que doit-il pouvoir faire ensuite ? Quel degré de maîtrise est visé, avec quels appuis ?
Distinguer le cadre commun et les adaptations possibles
Garder une ligne commune demande de rendre explicite ce que chacun s’engage à préserver. Cela laisse une place au choix des exemples, au rythme et aux modalités d’animation, selon les acquis du groupe et les conditions de la session.
| Ce qui doit être partagé | La marge d’adaptation et sa limite |
|---|---|
| Les capacités visées | Le point de départ et le temps consacré à chaque difficulté peuvent varier. Un objectif prévu ne disparaît pas sans que cette modification soit discutée. |
| Les informations de référence | Les exemples et la manière d’expliquer peuvent changer. Une règle métier, une responsabilité ou une consigne validée ne se réécrit pas au fil des sessions. |
| Les occasions de s’exercer | L’activité peut prendre plusieurs formes si elle permet bien de travailler la capacité attendue. Écouter une explication ne remplace pas automatiquement un essai. |
| Les critères d’appréciation | Le retour peut être individuel ou collectif. Les critères et le niveau d’aide à prendre en compte doivent rester compréhensibles et comparables. |
Une adaptation se discute alors à partir de sa fonction. Remplacer un long exposé par l’analyse de deux dossiers peut être pertinent si les participants doivent apprendre à repérer les informations manquantes. Supprimer toute mise en pratique pour tenir l’horaire change la possibilité de vérifier cet apprentissage. Ce changement mérite une décision explicite.
Dans certains contextes, une séquence, un contenu ou une modalité d’évaluation est imposé. Il faut identifier cette exigence et qui peut autoriser une modification. L’autonomie pédagogique s’exerce dans un cadre connu.
Faire travailler les formateurs sur une séquence réelle
Pour préparer un formateur interne, connaître le sujet constitue un point d’appui. Il faut aussi pouvoir choisir une activité, donner une consigne compréhensible, observer ce que les participants font et reprendre ce qui reste difficile. Ces choix peuvent se travailler sur une courte séquence préparée, animée puis discutée entre formateurs.
Avant l’essai, le formateur annonce l’objectif, les acquis qu’il suppose déjà présents et ce qu’il cherchera à observer. Les collègues conviennent de quelques points d’attention : la consigne permet-elle de commencer ? L’activité mobilise-t-elle la capacité visée ? Que fait le formateur lorsqu’une réponse révèle une incompréhension ?
Après l’essai, partez d’éléments précis. « J’aurais fait autrement » exprime une préférence. « Deux groupes ont demandé quelle production était attendue » fournit un élément à examiner. Le formateur explique ses choix, les autres apportent leurs observations, puis le groupe retient un ajustement à essayer.
Cette observation doit avoir un cadre annoncé. Si elle sert au développement des pratiques, chacun doit savoir ce qui sera conservé et partagé. Si elle intervient dans une validation formelle du rôle de formateur, les critères, le responsable de la décision et les conséquences doivent être explicites.
Une simulation entre collègues reste une préparation. Les collègues connaissent parfois déjà le contenu ou les habitudes de l’animateur. Un essai avec le public concerné, puis l’examen de ses productions et de ses questions, apportera d’autres informations.
Donner un objet de travail à la communauté de formateurs
Une communauté de formateurs devient utile lorsqu’elle permet de traiter les questions que chacun rencontre en préparant ou en animant. Elle peut examiner une consigne ambiguë, discuter un critère d’évaluation, comparer deux activités ou reprendre une difficulté récurrente.
Le partage de ressources gagne à préciser les conditions d’usage. Un exercice déposé dans un dossier commun reste difficile à reprendre si l’on ignore à quel objectif il répond, les prérequis nécessaires, le matériel à prévoir et la manière d’en exploiter les résultats. Quelques indications peuvent rendre la ressource utilisable par quelqu’un d’autre que son auteur.
La communauté doit aussi savoir ce qu’elle peut décider. Les formateurs peuvent ajuster une consigne dans le périmètre convenu. Modifier une règle métier ou les conditions d’accès à un outil relève d’autres responsabilités. Une question sans réponse doit pouvoir être orientée vers la personne compétente, puis revenir vers l’ensemble des formateurs.
Enfin, concevoir, essayer, observer et actualiser prennent du temps. Le responsable du dispositif doit organiser cette charge, les relais et les priorités. Une formation initiale ne suffit pas à faire fonctionner durablement un collectif si ce travail reste ajouté aux autres tâches sans arbitrage.
Quatre points de départ pour votre collectif
1. Comparer les appréciations sur une même production
Choisissez une production anonymisée ou un exercice de formation. Demandez à deux formateurs ce qui leur paraît acquis, ce qui manque et quel retour ils donneraient. Comparez les arguments avant de chercher un accord. Une différence peut venir d’un critère implicite, d’une information manquante ou d’une attente différente. Précisez ce point, puis reprenez l’exercice.
2. Accompagner chaque ressource de son mode d’emploi
Pour une activité partagée, indiquez l’objectif, le public, les conditions nécessaires, la consigne et les questions utiles après l’exercice. Ajoutez ce qui reste à éprouver. Cette fiche courte permet à un collègue de comprendre le choix pédagogique et de décider si l’activité convient à son groupe.
3. Rendre la version de référence identifiable
Choisissez un emplacement commun, une date de version et une personne chargée de valider les actualisations. Lorsqu’un formateur modifie une ressource, demandez-lui de préciser ce qu’il a changé et pourquoi. Le collectif peut alors distinguer un essai local, une correction nécessaire et une évolution à reprendre dans toutes les sessions.
4. Revenir sur une difficulté avec des éléments concrets
À la prochaine rencontre, examinez une seule difficulté de formation : la consigne utilisée, ce que les participants ont produit, les aides apportées et ce qui reste incertain. Choisissez un ajustement, la personne qui l’essaiera et les éléments qu’elle rapportera. Le rythme des échanges doit permettre ce suivi sans créer une réunion dont personne ne peut préparer la matière.
Vérifier ce que le cadre commun permet réellement
Des supports homogènes et des appréciations positives ne suffisent pas à établir ce que les participants ont appris. Examinez les productions, les raisonnements et l’aide encore nécessaire. Si une difficulté revient, interrogez le contenu, l’activité, les prérequis et le temps disponible avant d’en faire un problème de personne.
L’utilisation des acquis dans le travail demande un examen complémentaire, développé dans l’article sur le transfert des acquis. La cohérence entre formateurs ne garantit pas, à elle seule, que l’organisation donnera les moyens d’appliquer ce qui a été travaillé.
Une ligne commune devient utile lorsque les formateurs savent expliquer ce qu’ils préservent, ce qu’ils adaptent et ce qui demande un nouvel accord. C’est ce travail partagé qu’il faut organiser, au-delà de la mise à disposition d’un support.
Votre organisation souhaite préparer ses formateurs internes ou mieux faire travailler un collectif existant ? Synoveo peut vous accompagner dans la conception du dispositif et la formation des formateurs, à partir des publics, des situations professionnelles et des responsabilités en présence.